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Douce nuit, sainte nuit : Joseph Mohr 1816, Franz X Gruber 1818

L'entière originalité emplie de coutumes de celui-ci ainsi que les messes célébrées en latin-allemand impressionent à tel point Joseph qu'il écrit en 1816 à Mariapfarr ce chant de noel

Le 11 décembre 1792, nacquit Joseph Mohr dans la rue salzbourgeoise: Steingasse 9. Il grandit auprès de sa mère Anna Schoiber dans une unique pièce imprégnée d'humidité. C'est ici même qu'ils vécurent avec, outre la mère de celle-ci, Maria, deux demi-soeurs de Joseph ainsi que la cousine Theresia. Son père, Franz Joseph Mohr, alors jeune soldat âgé de 28 ans, lui laissa pour seul héritage son nom avant de disparaitre et ce pour toujours.

Comme sa mère, après la naissance du garcon fut condamnée pour pêché charnel (naissance illégitime d'enfant), à payer 9 florins, elle dut accepter l'offre du bourreau, alors détesté mais riche, qui consistait à l'achat de la parraineté de l'enfant, ce qui, d'après lui, était censé améliorer son prestige social. Socialement parlant, Joseph se trouva déchirer doublement. Il était impossible de lui trouver une école et aucun métier artisanal ne lui serait convenu.

Pourtant il finit par rencontrer sur le Imberstiege, derrière la maison numéro 9, le bénédictin et vicaire du choeur de sa cathédrale, Johann Nepomuk Hiernle. Celui-ci reconnut le talent musical dans la voix du garcon et décida de l'installer dans le séminaire St Pierre afin de s'occuper de sa formation. Quatre ans plus tard, alors âgé de treize ans, Joseph est déjà apte à jouer du violon, de la guitare et de l'orgue. Il poursuit sa voie en tant que musicien et chanteur dans l'église collégienne où les messes sont tenues en allemand. Dans les paroisses restantes c'est le latin qui domine. Grâce à ces écoles forgeuses de talent, dans lesquelles on s'entretient en langue allemande, Joseph réussit à se faire accepter à l'Université. Dans le Kremsmünster, il perfectionne sa formation de compositeur. En 1811 il revient à Salzbourg, débarassé de tout frais et, en 1815, à 22 ans, il est consacré prêtre. Aussitôt après il trouve un poste en tant que prêtre auxiliaire à Mariapfarr, la commune natale de son père qu'il n'a jamais connu. Là-bas, lors d'une promenade, le prêtre établi, Stoff, le présenta à son grand père âgé de 86 ans. Cet exploitant en salle de bain pour maison et vieil homme sage aux connaissances médicales remarquables fait découvrir au jeune prêtre attentionné les coutumes du monde légendaire du Lungau. L'entière originalité emplie de coutumes de celui-ci ainsi que les messes célébrées en latin-allemand impressionent à tel point Joseph qu'il écrit en 1816 à Mariapfarr ce chant de noel.

Le fait que celui-ci ne fut pas représenté cette année même vient du fait que, les longues promenades en haute montagne auxquelles Joseph aspire tant ainsi que l'irruption relativement précoce de l'hiver, firent apparaitre chez Joseph une vieille douleur pulmonaire, la tuberculose. Il est à supposer qu'il avait contracté cette maladie populairedes pauvres lors de son enfance alors qu'il vivait encore dans la pièce humide et froide de la Steingasse. Comme son état ne s'était toujours pas amélioré au mois de juillet 1817, le prêtre Stoff le conduisit à l'hôpital de Salzbourg. Une fois que Joseph fut guéri, Stoff conseilla à son ami le prêtre Joseph Kessler de le prendre à Obendorf. Etant donné que Joseph Kessler était de Mariapfarr, l'accord entre les deux hommes fut parfait. Ensemble ils concurent les premières messes latine-allemandes à Obendorf, ce qui réjouit immensément les habitants qui purent enfin comprendre en quoi consistait l'Eglise. Ainsi bon nombre d'entre eux vinrent assister à ces manifestations. Pourtant ca ne parut pas plaire à tout le monde car en novembre 1817 Kessler est rappelé et remplacé par le traditionnaliste Georg Heinrich Nöstler. Celui-ci bânit l'usage de l'allemand dans les messes. Quand Joseph assura aisément que même Jésu ne prêchit pas en latin mais en aramien, la tension monta entre les deux générations de prêtre. Joseph etait beaucoup plus apprécié que Nöstler et ce parce qu'il allait aux gens avec son Dieu et sa guitare pour leur cantonner des chants. Même pendant les mariages on aimait le compter parmi les invités. Nöstler considérait cette approche du peuple comme de l'indiscipline. Il s'en référa à l'ordinat de l'archevêque s'arrangeant pour dénigrer Joseph. L'archevêque questionna le doyen de St Georges qui est également le prêtre formateur de Nöstler et Joseph. Quand ce dernier décrit Joseph comme un bon prêtre et un énminent prêcheur, Nöstler explosa littéralement. Il répandit la rumeur sur l'origine de Joseph afin d'enrailer cette popularité. Et il y réussit. Pour des raisons de moral, les gens s'éloignèrent de Joseph. Même l'ami de Joseph, le professeur et organiste Franz Xaver Gruber ne parvint pas à l'accepter. Pourtant, quand vint le soir sacré, grâce à l'aide de Gruber, l'orgue de l'église St Nicolas de Obendorf ne marcha plus, et contre le vouloir de Nöstler, le chant fit retentir pour la première fois ouvertement pour la messe de Noel 1818.

Lorsque Joseph mourut à Wargrain en 1848 il quitta le monde aussi pauvre qu'il y était venu. Il avait cédé tous ses biens aux plus démunis. Son argent ne suffit même pas pour un enterrement correct. Pourtant à nous il nous a laissé quelque chose. Il nous a offert humblement et avec recueillement ce chant de Noel. Ainsi célèbre-t-il la naissance de son maître Jésu et celle de chaque enfant selon sa devise: ce que tu as fait au moindre des miens, tu me l'as fait à moi aussi.